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Micro$oft contre l'innovation


Voici deux articles parus dans le 01 Informatique.

- La France passera t'elle par les « fenêtres » de Microsoft ?, par Christophe Wolfhugel, président de l'AUI

- Education nationale : le «choix multiple» de Microsoft, par Roberto Di Cosmo, maître de conférences à l'Ecole Normale Supérieure

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Carte blanche (du 13 février 1998)

Christophe Wolfhugel, président de l'AUI*

La France passera t'elle par
les « fenêtres » de Microsoft ?

Les écrans de nos ordinateurs seraient bien ternes avec un seul ensemble de programmes : c'est un peu comme si l'on revenait à « la » chaîne unique de télévision, à « la » station de radio, avec des émissions standards, fabriquées exclusivement à l'autre bout de la planète pour des goûts internationaux et enregistrées en quelques centaines de langues.

A voir l'accueil exceptionnel récemment réservé à Bill Gates par nos ministres, on peut craindre que cette description devienne un jour une réalité. Le gouvernement a-t-il une réelle volonté d'encourager le développement de nouvelles technologies qui soient caractérisées par une diversité des produits et des services ? La pluralité est indispensable à l'utilisateur et au consommateur, qu'il s'agisse du contenu ou du contenant, afin de préserver le choix dans l'usage quotidien des nouvelles technologies de l'information : l'absence de choix conduit à la passivité et à la sclérose.

Les orientations proposées par le gouvernement pour faire entrer la France dans la « société de l'information », qu'il s'agisse d'Internet, d'éducation ou de recherche, sont déterminantes pour l'avenir de notre société. Il ne faut pas que celles-ci soient tributaires d'un fournisseur, de surcroît non européen, et en particulier du plus puissant du secteur. Si l'ouverture d'esprit est l'un des principes de l'enseignement, l'usage de technologies diverses en est un moyen nécessaire. Il n'est pas pensable d'ignorer un acteur aussi important que Microsoft, mais adopter son offre de façon exclusive au détriment d'autres solutions risque de sonner le glas de la recherche et du développement des hautes technologies Europe... et d'un certain nombre d'emplois. Des systèmes tels que Linux et les nombreux logiciels alternatifs ont déjà fait leurs preuves dans l'industrie et la recherche : ce sont des solutions à la fois fiables, pratiques et économiques, qui ont progressé bien plus vite que la plupart des technologies concurrentes, notamment grâce à un soutien très actif de la recherche publique.

Ces enjeux techniques et sociaux, mais aussi économiques ne doivent pas être négligés par la France et ses partenaires européens : dans un marché dominé par les Etats-Unis il faut réagir vite et avec ambition. Washington DC ne doit pas rester la plaque tournante de l'Internet européen, et Seattle ne doit pas devenir le seul et unique supermarché de l'informatique.

(*) Association des utilisateurs d'Internet

C.W.

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Carte blanche (du 10 avril 1998)

Roberto Di Cosmo, maître de conférences, Ecole Normale Supérieure

Education nationale :
le «choix multiple»
de Microsoft

Avez-vous entendu la nouvelle ? Une entreprise connue pour son esprit altruiste et philanthropique lance « Compétences 2000 », un programme de formation, afin d'aider nos chers concitoyens à rattraper leur retard technologique. Cette initiative méritoire ne laisse rien au hasard, et tous les acteurs publics et privés, de l'Éducation nationale aux institutions de formation professionnelle, seront largement « aidés » : la mise en place du réseau des établissements des 30 académies sera « accompagnée » avec bienveillance; les demandeurs d'emplois pourront accéder à des stages (16000 francs); enfin, un soutien actif sera fourni dans le choix des enseignements délivrés à nos enfants.

Est-ce une bonne nouvelle ? On peut en douter quand on lit le programme de formation Microsoft qui a été adressé aux Universités. Premier choc : « nouvelles technologies » signifie « nouvelles technologies de Microsoft ». On y découvre aussi que ces cours ne pourront être effectués que par des enseignants « certifiés Microsoft » sur des « Supports de cours Microsoft » (au coût modique de 350 francs par module et par étudiant) dont il est formellement interdit d'en « supprimer des passages ». En contrepartie de cette obligation, on est réconforté de lire plus loin que « Microsoft ne garantit pas que les Supports de cours Microsoft sont aptes à répondre à des besoins ou à des usages particuliers, ni qu'ils permettent d'atteindre des résultats déterminés ». Et pourtant, une présentation à l'examen coûte 530 francs par module, même si avec l'achat du support de cours, vous gagnez un premier passage gratuit. Par souci de décence, je glisse sur le reste du contrat qui oblige les universités à respecter nombre de conditions, alors qu'il n'engage en rien nos philanthropes.

Mais parlons-en, des cours et de l'examen. Ces cours, que l'on veut intégrer au cursus universitaire, seraient « de haut niveau », et, selon les commerciaux Microsoft démarchant nos universités, « reconnus par le ministère ». Or, le document officiel Microsoft est formel : l'examen se limite à une série de questions à choix multiple (50 à 80). Heureusement, on nous propose des examens blancs téléchargeables sur Internet. On découvre ainsi quelques questions de « haut niveau » qui vont permettre d'évaluer les inforrnaticiens de demain : « Combien d'espace disque est nécessaire pour installer la version complète du client Exchange Server pour Windows NT ou Windows 95 ? ». Réponses possibles: 8 Mo, 16 Mo, 22 Mo, 36Mo. Un tuyau ? Ce n'est sûrement pas 8 mo. Et ce n'est sûrement pas non plus une constante universelle immuable comme le pi grec.

Bref, à défaut de laisser un choix aux consommateurs et aux gouvernements piégés, Microsoft offrira tout de même des choix multiples à l'Education nationale.

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