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Micro$oft contre l'innovation


Voici un article paru dans Les Echos du 6 février 1998.


Microsoft ou le parrainage version impérialiste

Alors que le capital-risque américain, dans son ensemble, investit 4 milliards de dollars par an dans l'industrie informatique, Microsoft a déjà dépensé près de 3 milliards de dollars depuis deux ans en investissements dans des start-up de haute technologie.

Ainsi, explique le « San Francisco Chronicle », une simple petite équipe d'une demi-douzaine de personnes joue le rôle d'une « banque d'investissements interne », chargée de repérer les sociétés naissantes les plus prometteuses et d'en prendre le contrôle. Dénominateur commun de tous ces investissements : permettre à Microsoft d'élargir son activité - et donc son chiffre d'affaires et son emprise sur l'informatique - notamment en direction des marchés émergents, c'est-à-dire surtout le Web et Internet.

Dans un certain nombre de cas, Microsoft ne cherche même pas à racheter la société qui l'intéresse. Pour quelques millions de dollars, elle acquiert quelques pour-cent du capital, accède à ses projets, et se les réapproprie sans autre forme de procès. Récemment, une firme de la Silicon Valley, Inktomi, a refusé un investissement de Microsoft avant d'accepter une offre équivalente... d'lntel.

Mieux : Microsoft vient de lancer un original programme d'investissements sans même entrer dans le capital des sociétés visées. Ainsi, la firme de Bill Gates finance la promotion commerciale de start-up qui développent des logiciels dans l'environnement Windows. Au dernier Salon informatique Comdex de Las Vegas, plus de 200 d'entre elles étaient ainsi présentes sur le gigantesque stand de la firme. Mais, en échange, ces « partenaires » doivent révéler ce qu'ils préparent. Microsoft ne promet rien et ne dit pas s'il profitera ou non des idées exposées.

Ce comportement quelque peu impérialiste explique pourquoi le numéro un des logiciels n'a pas très bonne presse dans le monde du capital-risque de la Silicon Valley. Au début de cette année, Gary Reback, le célèbre avocat de Palo Alto, devenu le défenseur des concurrents de Microsoft, révélait une étrange anecdote, significative de l'esprit d'ouverture dont sait faire preuve la firme de Bill Gates. Pendant l'été 1996, les principaux dirigeants du géant de Redmond, près de Seattle, ont réuni les cinquante plus importantes sociétés de capital-risque de la Silicon Valley pour leur présenter la stratégie qu'ils devaient suivre désormais. Mais Microsoft n'avait pas besoin de l'argent de ces investisseurs. La firme se contenta d'expliquer tranquillement aux financiers dans quelles start-up ils pouvaient investir, ou pas. Chacun comprit qu'il ne devait pas financer des sociétés se proposant de développer des technologies susceptibles de se révéler concurrentes de celles de Microsoft

Autre technique de la firme, suffisamment riche pour autofinancer ses propres projets et ceux des autres, l'investissement dans plusieurs compagnies proposant une technologie concurrente, afin d'être certain d'avoir misé sur le bon cheval. Ainsi, en matière de vidéo sur Internet, Microsoft a acquis 5 % de la firme VDOnet, 10 % de Progressive Networks et dépensé 75 millions de dollars pour acheter Vxtreme. A Las Vegas, ces trois sociétés avaient eu droit à leur (petite) place au sein de la zone réservée aux « partenaires ».

Quoi qu'il en soit, l'argent de Microsoft n'est pas près de s'arrêter de couler dans la Silicon Valley, partagée entre le dépit d'être financée « de l'étranger » (Seattle est à deux heures d'avion) et la satisfaction d'attirer toujours de plus en plus de capitaux.

Michel Ktitareff


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