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Micro$oft contre l'innovation


Voici un article paru dans L'Evénement du Jeudi le 22 octobre 1998.


Les 10 péchés capitaux de Bill Gates

Le plus grand procès anti-trust de la décennie, celui de Microsoft, vient de s'ouvrir à Washington. L'Amérique commence à découvrir les étranges méthodes de Bill Gates. Et à comprendre que son génie n'est peut être pas là où on le croyait...

Non, le juge Thomas Penfield Jackson n'a pas accordé l'ultime délai de quinze jours réclamé par Microsoft. Le procès « Département de la Justice des Etats-Unis contre Microsoft Corp. » vient donc de s'ouvrir ce lundi. Dans la dernière ligne droite, l'accusation a allongé de 10 à 12 la liste des témoins qu'elle a l'intention d'appeler à la barre. Et les noms des nouveaux arrivants indiquent clairement une volonté d'élargir le sujet. L'espoir des opposants à Microsoft est que l'on fasse le procès de l'ensemble des méthodes musclées - et illégales, selon eux - employées par la firme de Bill Gates pour maintenir à tout prix son monopole là où il est acquis et, en s'appuyant sur ces positions, pour l'étendre à d'autres secteurs. Et ils sont nombreux, ceux qui en veulent à Microsoft et rêvent de voir muselée ou du moins bridée sa voracité. A la longue liste de concurrents écrasés, de partenaires fatigués de se voir imposer des règles du jeu toujours plus léonines, de clients lassés d'être pressurés par une stratégie d'obsolescence organisée, s'ajoute aujourd'hui une partie du public, qui découvre enfin la vraie nature d'une entreprise hier portée aux nues.

Car tout à coup sortent livres et articles critiques disant tout haut ce qui se chuchotait hier et présentant la firme et l'homme sous un angle bien moins glamour qu'il n'était d'usage dans le temps. Non seulement Microsoft, affirme-t-on aujourd'hui, a une drôle de façon d'interpréter les « lois du marché », mais en plus la firme ne serait pas vraiment le moteur de l'innovation que l'on vantait. Elle aurait même, à des moments cruciaux, eu de la chance plutôt que du flair. Non, Bill Gates n'a pas inventé l'informatique, au contraire il l'empêche d'avancer, car plus elle traîne en route, plus il parvient à insinuer son infâme Windows un peu partout et plus il peut percevoir sa « taxe d'obsolescence » auprès de dizaines, bientôt de centaines de millions de clients captifs chaque fois qu'il estime que Windows XYZ ou Word X a assez duré et que vous devez passer à Windows XYZ + 3 ou Word X + 1. C'est ce genre de choses que le public américain peut lire ces dernières semaines dans des livres corrosifs tels que "Barbarians Led By Bill Gates" (par Jennifer Edstrom et Marlin Eller) ou "The Microsoft File, The Secret Case Against Bill Gates" (par Wendy Goldman Rohm) (1). Les Français pourront bientôt se procurer une traduction de ce dernier ouvrage, mais peuvent déjà découvrir un autre obus lancé par Roberto Di Cosmo, chercheur en informatique de l'Ecole normale supérieure, dans "le Hold- Up planétaire, la face cachée de Microsoft" (2).

1. Il est devenu le tyran indéboulonnable du Net

C'est une banale évasion fiscale qui a fait trébucher AI Capone. Le procès, déjà qualifié d'historique, qui vient de s'ouvrir contre la firme à la croissance la plus exponentielle de cette fin de siècle, est également parti d'une accusation somme toute mineure comparée à tout ce qui est aujourd'hui évoqué, mais qui présentait l'avantage d'être bien visible et caractérisée. Résumons. Lorsqu'un client se présente pour acheter un micro-ordinateur, que lui propose t-on à tout coup ou presque? Un « PC sous Windows ». Nous verrons plus loin pourquoi. Mais, en plus, inclus dans Windows, le client trouve Internet Explorer, le logiciel d'accès à Internet de Microsoft. Dès la machine en marche, il trouve sur son écran une icône qui l'invite à aller « surfer sur le Net » et, en cliquant dessus, il se met à utiliser le logiciel Internet Explorer. Ce qui fait tiquer la justice américaine, c'est qu'il existe un concurrent notoire de ce produit, le Communicator de Netscape. Microsoft n'a pas encore tout à fait tué Netscape. Mais en incluant Explorer dans Windows, il est parvenu à prendre la moitié d'un marché hier détenu par Netscape, qui avait conquis une position enviée sur un marché naissant en jouant un rôle de pionnier, en sortant, plus vite que quiconque, un produit très innovant. Microsoft lui a repris la moitié de ses clients avec un produit imposé dont il n'est pas facile de se débarrasser.

Pas facile, dans ces conditions, de gagner sa vie en vendant un produit concurrent. L'un des arguments de Microsoft consiste à affirmer qu'il est dans l'intérêt de l'utilisateur que la navigation sur Internet devienne une fonction standard, incluse dans le logiciel de base de tout ordinateur. Cela se défend un peu. Le premier appareil photo à cellule incorporée a fait du tort aux fabricants de cellules, mais faut-il le regretter? Et, d'ailleurs, enlever une cellule incorporée pour installer une concurrente n'est pas chose aisée. Mais la comparaison ne tient pas bien longtemps. En particulier parce qu'il n'est pas juste de comparer Windows à un appareil photo. Windows ne prend pas de photo, il ne fait rien d'intéressant. Les choses intéressantes, elles sont justement faites par des logiciels de traitement de texte, de traitement d'image... ou encore de navigation sur le Net. Non, Windows serait plutôt un logiciel plein de cambouis qui joue les utilités, comme celui qui, dans une télé ou un magnétoscope, interprète ce que nous disons avec la zapette et permet de régler l'image et le son, de rechercher et d'installer les chaînes, de programmer un enregistrement... Imagine t-on un éditeur de logiciels qui ferait la pluie et le beau temps sur le marché du Secam ou du VHS ? Qui dirait à Sony et autres Philips que, désormais, la touche 1 sera réservée à la lecture d'une cassette de Godzilla, version originale, désormais obligatoirement incluse dans tout magnétoscope. Sinon, allez voir ailleurs, et comme il n'y a plus d'ailleurs...

2. Il a flingué impitoyablement les concurrents de Windows

L'arme, le terrible bras de levier dont dispose Microsoft, c'est ce monopole planétaire : Windows n'a plus de concurrence, ou si peu. Coca a Pepsi, Boeing a Airbus, Windows n'a plus que des cadavres en face de lui. Des dizaines de fabricants, grands et petits, assemblent des PC à partir de pièces détachées également fournies par des centaines d'autres entreprises, mais, au final, on retrouve toujours, par-dessus la quincaillerie, le « système d'exploitation » Windows. « Système d'exploitation » (en anglais: « Operating System » ou « OS ») ? Un ordinateur sans aucun logiciel ne sait absolument rien faire, c'est pour cela qu'on ne le laisse pas sortir dans la rue tout nu, mais habillé d'un slip logiciel, en l'occurrence, le plus souvent, Windows. Lequel permet d'installer d'autres logiciels, dits « d'application », dotés de compétences spécifiques, mais aussi de copier des fichiers et de les ranger, disons de « faire le ménage » dans son PC. Pour être complet, rappelons qu'il reste une minuscule alternative : le MacOS, système d'exploitation livré par Apple sur ses Macintosh, qui représentent moins de 5 % du marché actuellement. Enfin, vestiges du passé, un infime pourcentage de micros tournent encore sous d'autres OS. En gros, neuf micros sur dix sont sous Windows. Et comme cette domination est déjà un fait ancien, elle est « solidifiée » par des conséquences en béton : la majorité des logiciels d'application ne tournent plus, à présent, que sous Windows. Il faut de solides arguments pour convaincre un client d'acheter un magnétoscope qui ne lit pas le VHS...

3. Il réduit en esclavage les fabricants de PC

Mais comment en est-on arrivé à cette situation où des industriels créatifs, puissants et d'excellente réputation - comme Hewlett-Packard ou IBM, d'une part, et, d'autre part des éditeurs de formidables logiciels comme Adobe (Photoshop, etc.), Quark (XPress, grâce auquel sont réalisés tous les journaux du monde) et, donc, Netscape - en arrivent à se faire mener par le bout du nez par le fournisseur du machin utilitaire et intermédiaire, et en l'occurrence pas fameux, qui permet aux produits des seconds de fonctionner sur les ordinateurs des premiers, au vrai « soft » de tourner sur le « hard » ? Les moyens employés par Bill pour parvenir à ce résultat ont, semble-t-il, été variés, mais surtout musclés... et la justice américaine dira s'ils étaient ou non illégaux. Elle a d'ailleurs, sur un point, rappelé à l'ordre le bouillant Bill. Il fut démontré, il y a quelques années, que Microsoft imposait aux fabricants de PC de drôles de contrats de licence, prévoyant notamment un paiement en fonction non point du nombre de copies de Windows livrées, mais du nombre total de PC vendus. Sans aucun doute plus simple, mais également un moyen effroyablement efficace pour pousser un fabricant à oublier totalement tout autre OS. Epinglé sur ce sujet, Microsoft a dû changer sa manière de faire. Mais Windows reste en pratique, collé à presque chaque PC : Roberto Di Cosmo raconte dans son livre comment il a personnellement tenté de se faire rembourser - en vain - le prix de l'exemplaire de Windows qu'il a trouvé sur un PC acheté par lui et sur lequel il a installé un concurrent confidentiel de Windows, un certain Linux.

4. Contre des ristournes, il fait du chantage à l'exclusivité

Forcer l'installation systématique de Windows sur chaque PC vendu est une solution pour un OS déjà largement dominant. Auparavant, d'autres méthodes avaient fait fureur. Ainsi, Wendy Goldman Rohm raconte comment Vobis, une entreprise allemande, fut poussée en 1992 à «oublier» les concurrents de Microsoft qu'étaient, à l'époque, Digital Research et Novell. Facile et vieux comme le monde : de meilleurs prix contre l'élimination des gêneurs.

5. Il a fait de Windows le logiciel le plus sectaire

L'ouvrage de Wendy Goldman Rohm raconte comment, la même année, on découvrit qu'une version de l'époque de Windows (3.1), qui n'était encore qu'une « couche » installée par dessus un OS plus primitif, le MS-DOS du début, manifestait une certaine allergie à DR-DOS, grand concurrent de MS-DOS. Un expert découvrit le petit bout de programme qui générait des pseudo-messages d'erreur lorsqu'il détectait DR-DOS plutôt que l'OS de son maître. Arme particulièrement subtile, puisque, en réalité, tout fonctionnait normalement, mais la détection d'erreur était erronée. C'était cependant assez pour convaincre éventuellement un industriel qu'il valait mieux livrer Windows par dessus MS-DOS plutôt que son concurrent.

6. Il a construit son monopole sur le dos d'lBM

Mais il ne faudrait pas oublier le point de départ de la saga qui a mené au monopole de Windows. Nous sommes en 1980 et IBM vient de découvrir la micro-informatique. Ce qui est fort de café car le géant est à la tête des deux tiers de l'informatique mondiale. Et surtout parce que IBM n'y croyait pas, la veille, à cette « micro » qui lui semblait ne pouvoir intéresser que des gosses de riches découvrant les joies de la programmation. En Basic. Un langage inventé par John Kemeny et Thomas Kurtz, au Dartmouth College - et non par Bill Gates, comme on le lit parfois. Et, en 1980, qui vend un « micro Basic », programmé tellement serré qu'il tient dans la minuscule mémoire des premiers micros ? Microsoft, la toute jeune boîte créée par Bill Gates et Paul Allen, le vrai technoïde du duo.

Lorsque John Opel arrive à la tête d'IBM et s'inquiète de la vitesse à laquelle cette « micro-informatique » s'envole, il décide de réagir. C'est dans ce contexte que l'on se tourne vers Microsoft. Wendy Goldman Rohm précise que ce serait Mme Gates mère, Mary Gates, qui aurait soufflé le prénom de son fils dans l'oreille de John Opel qu'elle voyait en tant qu'administrateur comme elle d'une fondation de bienfaisance. Microsoft place donc son Basic chez IBM, qui s'avise qu'il lui faut aussi un OS. Bill Gates désigne le CP/M de Digital Research... qui se montre peu empressée. C'est là qu'intervient le vrai génie du joueur de poker Bill. Il rachète pour 50 000 dollars à Seattle Computer Products, la boîte de Tim Paterson, un vague clone de CP/M, nommé Q-DOS - d'ailleurs passablement « pompé » sur l'original, et à la va-vite, puisque Q-DOS signifie « Quick and Dirty OS », soit en substance: « OS vite et mal fait ». Microsoft le retapera par la suite, mais, en attendant, Bill avait de quoi signer avec IBM, qui n'y vit que du feu. Wendy Goldman Rohm raconte encore comment on fut effrayé par la suite chez IBM de découvrir l'existence dans MS-DOS de segments de code parfaitement identiques au CP/M d'origine, rédigé par Gary Kildall, le fondateur de Digital Research, au point de lui payer 800 000 dollars pour éviter un possible procès. Mais Bill Gates réussit la manÏuvre de sa vie, surtout lorsqu'il parvient à faire signer à IBM un accord de licence « non exclusive ». La suite se joue presque en automatique. Comme IBM domine le marché de l'informatique professionnelle, elle capte très rapidement l'essentiel de la clientèle du même métal. Dans le même temps, Bill propose à tous les concurrents de prendre également une licence pour MS-DOS : un micro « sous MS-DOS » bénéficiera de la crédibilité créée par la paternité d'IBM. Mais, un jour, on découvre que c'est Bill qui mène le jeu...

7. Il pirate les idées des autres

Un « Quick and Dirty» OS fourgué au numéro un de l'informatique - qui n'a pas vu venir la micro et n'y pige rien -, rafistolé ensuite : c'est cela, le génie de Bill Gates, c'est d'abord à cela qu'il doit la position acquise par la suite du fait, essentiellement, de la position dominante d'IBM, elle-même obtenue par des moyens discutables et discutés par la justice américaine. Restait à conforter cette position par les autres méthodes étranges déjà évoquées. Par la suite, Bill appliquera de nombreuses fois cette stratégie géniale : piquer les idées des autres. En particulier, lorsque Apple commencera à conquérir une position enviable grâce au réel progrès que constituera l'interface graphique et conviviale du Macintosh, il exigera inlassablement de ses troupes qu'elles copient inlassablement le Mac, de nombreux témoignages l'indiquent.

8. Il a truandé et pillé certains de ses partenaires

Il y a bien des manières de copier, et Microsoft semble les avoir toutes utilisées. La plus efficace est sans doute la suivante, fort bien relatée dans l'ouvrage de Wendy Goldman Rohm. En 1988, toute l'industrie vibre à propos d'un nouveau concept en vogue : l'ordinateur sans clavier. Les formes sont diverses, mais on imagine des sortes d'ardoises sur lesquelles on écrirait à la main, au stylo (électronique), car on croit très fort aux progrès de la « reconnaissance de l'écriture ». C'est parce que cette technologie n'a pas tenu les promesses (de qui, au fait ?) que cet espoir fou s'est dégonflé et que les millions d'ordinateurs portables vendus aujourd'hui comportent un clavier. Il reste de cette histoire des agendas électroniques à stylo qui permettent au mieux de noter une adresse ou un rendez-vous, non de taper un roman. A l'époque, donc, on y croit très fort, Microsoft compris. Or c'est ailleurs, comme d'habitude, que l'avenir se prépare, notamment chez Go Corp. qui a mis au point exactement ce qu'il faut pour effrayer Bill Gates : un OS complet et très bien vu (il sera salué par la plupart des observateurs) entièrement fondé sur l'usage du stylo. Bref, un concurrent de Windows pour ordinateurs sans clavier. Wendy Goldman Rohm raconte comment Bill Gates signa un accord de confidentialité avec Go Corp. afin d'entreprendre des négociations autour de cette nouvelle technologie que Microsoft ne maîtrisait pas. Comment les hommes de Gates eurent ainsi accès à cette technologie, purent la reproduire au point d'annoncer rapidement un « Windows pour le stylo ». Très vite, les partenaires avec lesquels Go était en discussion comprirent que Gates avait fait la peau de Go, que le « cloneur » allait tuer l'inventeur, qu'il ne leur restait qu'à lâcher l'un pour l'autre.

9. Il a signé un contrat pour mieux le trahir

Dans un autre genre, on devrait entendre à la barre des témoins du procès de la justice américaine contre Microsoft, un certain James Gosling, aujourd'hui vice-président de Sun, mais avant cela inventeur du langage Java, une technologie qui a fait couler beaucoup d'encre dans la Silicon Valley. Le langage Java permet de réaliser un petit logiciel destiné à être livré via Internet, totalement indépendant de l'OS du PC sur lequel il est utilisé. Bref, Java permettrait à l'industrie tout entière de « décrocher» de Windows. Insupportable. D'autant que toute l'industrie ou presque a signé avec Sun pour l'usage de Java. Et s'est donc engagée à respecter à la lettre la définition de ce langage. Microsoft, cette fois, l'a joué très fine. En signant! Monsieur Sun, je veux utiliser votre superbe langage Java, en foi de quoi je signe, je m'engage à respecter scrupuleusement votre « standard ». Et quelques mois plus tard sortait la version Microsoft de Java, une variation sur le même thème. Procès, bien sûr, en cours. En attendant, que devient l'engouement de l'industrie pour Java? Disons qu'il s'est... rafraîchi. C'est une autre des armes terribles de Microsoft. Avec 60 milliards de dollars de cash à la banque, cette entreprise peut s'offrir tous les procès, et même toutes les amendes du monde. Pendant les travaux (procès), les ventes (et donc les profits) continuent. Dès lors, gagner du temps est l'une de ses tactiques habituelles.

10. Il a usurpé sa réputation de pionnier de l'informatique

Une autre des armes favorites de Bill Gates consistait à tabler sur la sympathie d'une bonne partie du public pour la firme. Régulièrement nourrie au discours sur le succès foudroyant de ce David de l'informatique face aux Goliath de l'époque, la plupart de ceux qui ont « entendu parler » de Gates et de Microsoft sans vraiment connaître le sujet restent sur l'idée d'un génial découvreur, d'une boîte innovante à une vitesse d'autant plus folle qu'elle ne cesse de nous proposer de remplacer Word X et Windows XY par Word X + 1 et Windows XY + 1. Bizarrement la « méthode », Bill Gates, dans ce qu'elle a de barbare, n'a pas été tellement racontée aux masses, à qui l'on a préféré livrer l'édifiante histoire d'un visionnaire (qui pourtant n'a absolument pas vu venir Internet...). Or, montre Roberto Di Cosmo, Microsoft livre essentiellement une marchandise qui n'a rien de remarquable et qui reprend, avec retard, des idées venues d'ailleurs. Depuis que la société en a les moyens, elle fait cela de plus en plus souvent en achetant purement et simplement la boite où l'idée a germé. C'est là finalement l'une des pratiques des plus légales employées par Microsoft pour avoir des idées. Microsoft a même, en 1995, fini par s'offrir un vrai centre de recherche, histoire de se donner une crédibilité en la matière. Depuis, comme le dit Roberto Di Cosmo, on a une petite chance de croiser un chercheur Microsoft dans un congrès d'informatique. Avant, cela ne risquait pas d'arriver. Le procès en cours et la sortie d'ouvrages décrivant enfin la vraie nature de Microsoft permettent d'espérer que l'on commencera peut-être à regarder Microsoft avec des yeux ouverts. Non, Bill Gates n'est pas l'informatique, mais juste une « tique » qui a réussi à planter ses crocs dans une industrie il y a vingt ans et qui la saigne depuis.

PIERRE VANDEGINSTE

Témoins à charge

Ils étaient les rois, Bill Gates les a décapités

Jim Barksdale, le patron de Netscape, à I'origine du procès

Microsoft a inclus dans Windows un logiciel concurrent de Netscape, Navigator, qui avait créé le marché de la navigation sur Internet.

Scott McNealy, le patron de Sun. Il s'est fait torpiller le langage Java

L'invention avait séduit l'industrie tout entière. Gates a fait mine de l'adopter aussi, mais c'était pour mieux la cloner avec un produit divergent.

Jim Manzi, le patron de Lotus. Microsoft a enterré son logiciel

Lotus tenait le haut du pavé en informatique bureautique dans les années 80. Microsoft a débarqué sur le secteur et l'a laminé sans pitié.

(1) Publié chez Random House, 1998.
First Editions annonce une traduction en français pour le 9 novembre, sous le titre l'Affaire Microsoft.

(2) De Roberto Di Cosmo et Dominique Nora, chez Calmann-Lévy, 1998.


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